« Descendons vers la Seine. C’est un fleuve adorable. On ne se lasse pas de le regarder » écrivait Guillaume APOLLINAIRE en 1918 dans Le Flâneur des deux rives et ces mots n’ont pas perdus leur valeur. Le périmètre des berges de la Seine inscrit depuis 1991 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO correspond à la partie entre le Pont de Sully et le Pont d’Iéna (et jusqu’au Pont de Bir-Hakeim pour la rive gauche). Il inclut 23 des 37 ponts de Paris sur la Seine ainsi que l’Île Saint-Louis et l’Île de la Cité dans leur intégralité.
Île de la Cité
Les premiers quais apparaissent au début du XVIe siècle avec la construction par Philippe le Bel du Quai des Grands Augustins. Les ponts sont surmontés de maisons qui cachent le fleuve aux passants. Leurs arches étroites sont occupées par des moulins et d’autres activités. Le Pont Neuf, né de la volonté royale est édifié à partir de 1578. C’est le premier pont à ne plus porter de maisons. La volonté d’embellir et d’assainir Paris provoque une mutation profonde des bords de Seine. La création en 1753 de la Place Louis XV, actuelle Place de la Concorde, s’accompagne de la réalisation de quais sur les deux rives. Les lettres patentes de 1769 ordonnent le dégagement des ponts et des abords de la Seine dans le centre. Les maisons construites à l’aplomb du fleuve sont alors démolies, malgré la résistance des habitants. Celles du Pont Saint-Michel ne sont arasées qu’entre 1807 et 1811. L’espace libéré sur les rives est réservé autour des îles à la création de quais hauts, tels qu’il en existait déjà ponctuellement, en amont et en aval.
un bollard du temps jadis, parfois utilisé jusqu’aux nos jours
Port des Célestins, Paris 4e
un chaland sur son chemin en amont
Port de Montebello et Pont de l’Archevêché, Paris 5e
à rebours : Pt Marie, Pt Louis Philippe, Pt d’Arcole, Pt Notre Dame
Le XIXe siècle était marqué par la construction massive de ponts qui améliorent la communication entre les deux rives. Chaque régime joue son rôle de bâtisseur, encouragé par l’urbanisation croissante et l’extension de la capitale. En 1870, 15 ponts ont été construits, soit plus que durant tous les siècles précédents. La navigation, très active, influe sur la physionomie du fleuve : les ponts ont désormais de longues arches, les quais bas sont aménagés pour faciliter le trafic fluvial et les chemins de halage se généralisent. Le choix de l’UNESCO d’une zone bien déterminée entre le Pont de Sully et le Pont d’Iéna se fonde sur une très ancienne distinction entre amont et aval de la Seine. En amont, après l’Arsenal, commencent le port et la ville de transport fluvial ; en aval se trouve le Paris royal et aristocratique, dont l’activité commerciale était limitée. C’est cette dernière partie de la ville qui a été inscrite sur la liste du patrimoine mondial. L’emprise de l’État à travers ses réalisations et sa législation y est extrêmement forte.
Pt de Sully, Paris 4e
la tranquilité d’un petit matin. Sur la gauche les espaces des jardins des Tuileries
Le site et la rivière ont été progressivement contrôlés par le rattachement à la rive de deux îlots, l’Île de la Cité et l’Île Saint-Louis, par la création d’axes nord / sud, par des aménagements réalisés le long de la rive, par la construction de quais et par la canalisation du fleuve.
le Pt St-Louis relie les deux îlots dans la Seine
la Seine est un lieu de vie dense et varié : des péniches aménagées au Port Debilly, Paris 16e N
les quais offrent des places bien aimé par les amoureux ;-)
Aujourd’hui, aux jours de soleil, les bords de Seine donnent la possibilité aux visiteurs du monde entier de découvrir Paris comme jamais. Ces balades ont enchanté la plupart des poètes, photographes et autres artistes passés par la capitale. Vous y découvrirez les plus grands monuments, ainsi que les grands hôtels qui bordent le fleuve, traversé par les péniches et les bateaux mouches, sans oublier les grands ponts parisiens et leur architecture impressionnante. Les quais sont le lieu idéal pour pique-niquer ou bien tout simplement faire une pause, l’Île de la Cité permet de se relaxer tout en observant l’activité du fleuve, en amoureux, ou entre amis. Le calme ambiant, et la longue promenade à travers Paris qu’ils procurent font des quais de Seine l’un des passages touristiques les plus empruntés aussi bien par les parisiens que par les nombreux visiteurs désireux de découvrir les sites historiques de la ville.
au crépuscule en regardant la « Cité de la Lumière »
Port de la Tournelle, Paris 5e
ces jours-ci autant les quais que les ponts, permettent des endroits d’être chez soi.
On ne disait pas encore un Don Juan ou un Casanova, et pour cause : Henri IV, grand roi et hardi séducteur, les précédait dans l’histoire. Le square, auquel on accède par les escaliers du Pont Neuf, a hérité du surnom royal et le porte à merveille. À la pointe de l’Île de la Cité, surplombé par une imposante statue équestre du monarque, ce dé à coudre de gazon planté de quelques arbres forme un refuge intime, galant si le cœur vous en dit, pour admirer les deux rives de la Seine, ses ponts et ses monuments.
vu du fleuve, il est un petit peu caché le Sq du Vert-Galant
au bouquiniste. Quai de la Tournelle, Paris 5e
Dès le 16e siècle, les colporteurs bouquinistes – libraires forains – parcourent les bords de la Seine, pour finalement y fixer leurs « boîtes » quelques siècles plus tard. Avec la création du Pont Neuf et l’affluence de bouquinistes de plus en plus nombreux, naissent les premières lectures publiques, accompagnées de divertissements musicaux et spectacles de plein air. Lors de l’exposition universelle de 1900, on dénombre déjà 200 bouquinistes sur les quais de la Seine. Les bouquinistes font partie du paysage parisien, participent du charme des bords de Seine et constituent une animation, une attraction culturelle, un patrimoine littéraire et historique que la Ville souhaite préserver et mettre en valeur auprès des parisiens et des visiteurs. Ils représentent un but de promenade agréable au bord de l’eau dans un environnement architectural riche d’histoire.
balise de niveau des eaux de la crue de 1910, ici au Pont au Change, Paris 1er
N’oublions pas un événement essentiel dans l’histoire de Paris : La crue de 1910, des traces de laquelle le flâneur trouve de-ci de-là sur les murs des quais et des immeubles. Ce l’inondation est jusqu’ici le plus important débordement connu de la Seine. Il a touché la plus grande partie de sa vallée et, bien qu’il n’ait pas été très meurtrier, a causé d’importants dégâts à l’économie régionale, en particulier à Paris. La Seine a atteint son niveau maximal, 8,62 mètres sur l’échelle hydrométrique du Pont d’Austerlitz à Paris le 28 janvier, mais a affecté de nombreux quartiers de la capitale et de nombreuses villes riveraines du fleuve pendant plusieurs semaines avant et après cette date, la montée des eaux s’étant faite en une dizaine de jours, tandis que la décrue a demandé environ 35 jours. Les affluents et les confluents de la Seine connaissent le même sort à des degrés différents, du fait de l’interdépendance des différents systèmes hydrologiques. Certaines villes de banlieue subissent des dommages importants. Lors de cette grande crue de 1910, les députés, pour réamorcer la reprise du travail, se rendent à l’Assemblée Nationale en barque. Le zouave du Pont de l’Alma, sur lequel les Parisiens ont l’habitude de mesurer la montée de la Seine, a de l’eau jusqu’aux épaules. « Comme un ruban qui se déroule Le fleuve coule et puis s’en va Le regardant seule et tranquille Boudant la ville Je reste là » ( Lucienne DELYLE Les Quais De La Seine)
le Pont de Bir-Hakeim, Paris 16e S

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